De la nécessité d’investir

Investir dans la protection de l’enfant va au-delà d’une œuvre sociale ou d’une obligation légale et morale. C’est une stratégie de développement économique qui garantit une meilleure contribution des enfants à l’âge adulte, au développement socio-économique et politique de leurs pays. En effet, les coûts économiques directs et indirects liés aux différents méfaits et privations (les abus et la négligence, le travail, le mariage et les grossesses précoces des enfants, y compris les enfants handicapés et ceux en conflits avec la loi) à l’endroit des enfants, impactent négativement leur vie, le développement de la communauté et du pays dans son ensemble.

Conscient de ces risques, le Bénin a pris diverses mesures à travers la ratification de lois supranationales, l’adoption de lois protégeant les enfants et l’élaboration de plusieurs documents de stratégie, à court terme, à moyen et long, dans plusieurs secteurs touchant la protection de l’enfant.

Les défis à relever

La protection de l’enfant fait intervenir une approche systémique qui implique huit (08) ministères dont le principal acteur est celui des Affaires Sociales et de la Microfinance (MASM) doté d’une Direction de la Famille de l’Enfant et de l’Adolescent (DFEA) et des Centres de Promotion Sociale. Aussi, les ministères en charge de l’éducation (MEMP et MESTFP), de la Justice et de la Législation (MJL), de l’Intérieur et de la Sécurité Publique (MISP), de la Santé (MS), du Travail et de la Fonction Publique (MTFP), du Numérique et de la Digitalisation (MND) participent à travers différentes interventions à la protection de l’enfant.

Malgré les efforts conséquents que le Bénin a déployé ces dernières années dans le domaine de la protection de l’enfant, il reste d’importants défis à relever. En effet, on note une progression inquiétante entre 2019 à 2021 des cas de mariage précoces enregistrés (de 283 à 675) ; des cas de grossesses précoces enregistrées dans les structures de prise en charge (de 402 à 1435) ; du nombre d’enfants recensés en situation de travail (de 257 à 827) ; du nombre d’enfants face à la justice reçus par les structures de répression (de 165 à 658) et du nombre de filles victimes d’excision recensées (de 2 à 92).

Baisse des ressources accordés par l’Etat au secteur de la protection des enfants

Les allocations budgétaires en faveur de la protection de l’enfant varient en faible proportion du Budget général de 0,35% à 0,26% avec une tendance à la baisse sur la période 2017-2021. En moyenne annuelle, elles représentent 0,29% du budget général. Les allocations en faveur des interventions sensibles représentent en moyenne 0,21% du budget général soit 3142,9 millions FCFA contre 0,08% soit 1132,4 millions FCFA pour les allocations aux interventions spécifiques à la protection de l’enfant.

Entre 2019 et 2021, les allocations budgétaires pour la lutte contre les violences, les abus et les négligences à l’endroit des enfants, ont connu une évolution mitigée en baisse passant de 404,5 millions à 242,7 millions. En ce qui concerne la lutte contre le travail des enfants, la tendance est à la baisse passant de 303,6 millions en 2019 à 76 millions en 2021. Le constat est le même pour la prise en charge des enfants en situation de handicap dont les allocations budgétaires sont   passées de 81 millions en 2019 à 53,1 millions en 2021.

Les allocations spécifiques à la protection des enfants contre les mariages et grossesses précoces ont enregistré une baisse sensible, passant de 158,4 millions FCFA en 2017 à 17,1 millions FCFA en 2018. Elles ont évolué à la hausse jusqu’en 2020 et ont atteint 120,6 millions FCFA avant de chuter à 74,4 millions FCFA en 2021.

Les activités de protection des enfants en conflit avec la loi ont bénéficié d’une allocation budgétaire de 1815 millions FCFA en 2017, mais cette allocation a baissé pour afficher 246,9 millions FCFA en 2018 avant de prendre d’augmenter pour atteindre 368,4 millions FCFA en 2021. L’idéal aurait été d’allouer des ressources pour la prévention de ces fléaux à travers l’éducation des enfants et l’orientation des ressources vers l’insertion socioprofessionnelle des enfants en conflit avec la loi.

Le financement du secteur de la protection de l’enfant est quasi entièrement pris en charge par les ressources propres du pays car 91% des allocations budgétaires proviennent du financement intérieur entre 2017 et 2021. Notons qu’en 2020, 29% des ressources alloués au secteur proviennent du financement extérieur notamment à l’appui financier de l’UNICEF à travers le Programme Cash plus care afin de réduire les cas de mariage des enfants qui se sont accrus à la suite de la fermeture des écoles en réponse à la propagation du virus de la COVID-19.

Le Ministère de la Législation et de la Justice a la plus grande contribution (608 millions de FCFA en moyenne par an) aux allocations spécifiques à la protection de l’enfant et le MASM a la grande contribution (244,4 millions de FCFA) aux dépenses spécifiques à la protection de l’enfant.

 

Quelques pistes d’actions pour améliorer la protection des enfants 

La situation de la protection de l’enfant appelle des actions des acteurs en charge de la budgétisation et de la mise en œuvre des actions de protection. Il est donc recommandé :

  • la vulgarisation du code de l’enfant et le plan d’actions de la Politique Nationale de Protection de l’Enfant (PNPE) pour une appropriation par les structures de mise en œuvre ;
  • le renforcement de la coordination des interventions en matière de protection de l’enfant afin d’assurer un meilleur suivi de la mise en œuvre du nouveau plan d’actions de la PNPE ;
  • une extension aux autres départements des actions du Partenariat Mondial pour l’Education qui finance dans les départements du Zou et des Collines des activités qui facilitent l’inscription des enfants en situation de handicap dans les écoles et leur encadrement afin de renforcer l’éducation inclusive au Bénin ;
  • des actions de sensibilisation, de vulgarisation des droits des enfants, d’éducation et de formation des communautés en vue de la mobilisation des populations pour un changement de comportement et le respect des droits des enfants ;
  • la planification dans son budget et l’exécution par le Ministère de la Numérisation et de la Digitalisation (MND) à travers la Direction des Médias des actions de sensibilisation des communautés et de vulgarisation des droits des enfants à tous les niveaux ;
  • l’inscription des dépenses pour la prise en charge des enfants en conflit avec la loi comme dépenses sociales prioritaires et donc entièrement exécutées.

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