Le Bénin enregistre près de 45 % des décès des enfants de moins de cinq (5) ans dus à la malnutrition[1]. En effet, les synergies sont très fortes entre la santé et la nutrition ; une bonne santé passe par une bonne nutrition. La malnutrition reste l’un des principaux facteurs de risque de maladies non transmissibles.  Outre, ses nombreuses conséquences sur la santé et le capital humain, la malnutrition a aussi des répercussions sur le développement socio-économique d’un pays. Au Bénin, les pertes du PIB attribuables à la malnutrition atteignent 2 à 3%[2].  Ceci prouve que l’amélioration de la nutrition participe autant de la protection sociale que du développement économique. De plus, “les bénéfices tirés des investissements visant à lutter contre la malnutrition offrent un ratio avantages/coûts moyen de 15.”[3] Il est donc impérieux de replacer la nutrition au cœur de la problématique de développement durable.  C’est à cet effet que le gouvernement béninois à travers ces réformes a mis en place le Conseil de l’Alimentation et la Nutrition pour un repositionnement de la nutrition dans les actions de développement et d’amélioration de la vie de la population béninoise.

Défis, enjeux et stratégie de la nutrition

Le Bénin présente une prévalence de 31,3% de retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans.[4] Selon les résultats de l’Analyse Globale de la Vulnérabilité à la Sécurité Alimentaire (AGVSA) menée en 2017 par l’Institut National de la Statistique et de l’Analyse Economique (INSAE)[5], 9,6 % de la population sont en insécurité alimentaire, soit 1,09 millions de personnes. L’insécurité alimentaire présente des disparités régionales, les ménages ruraux sont davantage touchés (12% modéré et 1% sévère) que les ménages urbains (7% modéré). Cette étude révèle aussi qu’en moyenne 42,9 % des ménages sont en sécurité alimentaire limite. Pour ce qui concerne les enfants, l’Enquête Démographique et de Santé du Bénin (EDSB 2017-2018) révèle que 32 % des enfants de moins de 5 ans sont atteints d’un retard de croissance ou de malnutrition chronique (ils sont trop petits pour leur âge) et 11 % en sont atteints sous la forme sévère, 5 % sont émaciés ou souffrent de malnutrition aiguë (ils sont trop maigres par rapport à leur taille), 1 % présente une émaciation sévère et 2 % un surpoids. Aussi, environ 7 enfants de 6 à 59 mois sur 10, soit 72% sont anémiés.

Au regard de ce tableau peu reluisant, le Gouvernement s’est engagé pour la promotion et la mise à niveau du capital humain au service du développement durable et inclusif. Ainsi, en lien avec le Plan National de Développement (PND), le sous-secteur nutrition et sécurité alimentaire s’est doté des documents sectoriels comme, le Plan Stratégique de Développement du Secteur Agricole (PSDSA, 2017-2025) et le Plan National d’Investissements Agricoles et de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (PNIASAN, 2017-2021), l’Examen Stratégique National Faim Zéro au Bénin à l’Horizon 2030 et la Politique du Secteur de la Santé pour la Nutrition (PSSN, 2016-2025). La mise en œuvre de ces différentes stratégies fait appel donc à la disponibilité de ressources adéquates et suffisantes. Alors la question de pose de savoir si les allocations budgétaires des différents services de la nutrition et sécurité alimentaire permettent de répondre aux défis et enjeux ci-dessus cités au niveau national et local ?

Evolution des allocations du sous-secteur de la nutrition

La part du budget général allouée aux interventions spécifiques et sensibles à la nutrition est passée de 3,8% en 2017 à 4% en 2019, à 3,8% en 2020 et en 2021. Quant à la part du PIB, elle se situe par an à 0,7%. En 2022, le budget alloué au sous-secteur de la nutrition (9 ministères ayant des lignes spécifiques nutrition) est évalué à 71,6 milliards FCFA. Ces prévisions en faveur de la nutrition ont suivi une tendance haussière entre 2019 et 2021 en passant de 50 milliards FCFA en 2019 à 60,6 milliards FCFA en 2020 et à 62,8 milliards FCFA en 2021. Cette hausse laisse transparaitre un effort de priorisation de la nutrition ces trois dernières années. Concernant les contributions des différents secteurs au financement de la nutrition, le Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche  est le premier contributeur, le Ministère de la santé le dernier et le CAN est le deuxième contributeur avec une part de 30% (7,5 milliards FCFA) par an.

Au niveau local, l’exemple des communes de Za-Kpota et de Malanville montrent une prévision dans leur PDC des actions sensibles à la nutrition mais l’analyse des budgets a révélé non seulement une inexistence de lignes budgétaires spécifiques à la nutrition mais également un faible poids des dotations au profit de la nutrition éparpillés sur plusieurs lignes.

Plaidoyer pour un meilleur financement et coordination des interventions en matière de nutrition

Le financement des actions de nutrition provient d’un large éventail d’allocations budgétaires dispersées dans plusieurs Ministères, notamment ceux de la Santé (MS), de l’Agriculture de l’Elevage et de la Pêche (MAEP), de l’éducation (MEMP, MESTFP), des Affaires Sociales et de la Microfinance (MASM), de l’Eau et des Mines (MEM), du Cadre de Vie et du Développement Durable (MCVDD), des Petites et Moyenne Entreprise et de la Promotion de l’Emploi (MPMEPE), du Travail et de la Fonction Publique (MTFP) et de l’Industrie et du Commerce (MIC). Le CAN en assure la coordination au niveau central.

Pour une meilleure prise en charge de la nutrition, il est recommandé que :

  • la Direction Générale du Budget, en collaboration avec le Ministère de la Santé, œuvre à créer une ligne budgétaire pour financer des actions spécifiques à la nutrition notamment dans le cadre de la prise en charge des cas de malnutrition.
  • le Conseil de l’Alimentation et la Nutrition (CAN) œuvre à : (i) un arbitrage budgétaire et à une clarification des interventions des différents ministères par type (sensibles et spécifiques) afin de situer le rôle de chaque ministère sectoriel dans l’amélioration de la situation nutritionnelle du pays et (ii) réaliser une cartographie des interventions spécifiques et sensibles dans les communes à prévalence élevée de malnutrition comme celle de Malanville, à des fins de la mobilisation plus accrue de ressources suffisantes pour le développement du secteur de la nutrition en vue de l’atteinte de l’ODD 2.
  • des autorités communales de prendre en compte dans le budget de la commune des allocations en faveur des interventions spécifiques à la nutrition afin d’appuyer les mécanismes communautaires de suivi et de récupération des enfants malnutris.

Lire L’Intégralité DE LA NOTE Budgétaire

[1] Plan National de Développement (2018-2025), page 67

[2] Plan Stratégique de Développement de l’Alimentation et de la Nutrition (PSDAN, chapitre 3, partie a), page 44

[3] La nutrition et les Objectifs de Développement Durables  après 2015, page 3

[4] FAOSTAT_data_7-30-2021, http://www.fao.org/faostat/fr/#data/FS

[5] Actuel Institut National de la Statistique et de la Démographie (INStaD)

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